Un nouveau travail d’Hercule : Dévoiler « l’hydre islamiste » (work in progress ?)

« Terrorisme islamiste« , une fois de plus, une fois de trop, avant la prochaine… Cette fois au coeur de la Préfecture de Police de la capitale, des compatriotes ont été assassinés par un collègue (!) dont le geste a été analysé comme relevant d’un terrorisme inspiré par ce que le Président de la République lui-même a nommé “l’hydre islamiste”.

Le recours, par le Président de la R.F. à la notion « d’hydre » (monstre mythologique qu’il fallut être Hercule pour le vaincre) permet de penser qu’au plus haut sommet de l’Etat on appréhende la dimension monstrueuse de la guerre en cours, l’irréductibilité de l’ennemi qui nous menace et nous agresse, ennemi dont les têtes et les discours ne cesseront de repousser à mesure qu’on en coupera ici ou là. 

Combattre efficacement cette hydre internationale implique nécessairement une guerre idéologique et politique totale et internationale. Mais comment prévenir (au sens d’anticiper pour éviter) les assauts que l’ennemi pourra mener contre nous, sans tomber dans l’ère du soupçon généralisé à l’encontre de plusieurs millions de nos compatriotes musulmans tout en maintenant la vigilance nécessaire à la prévention du mal ou du malheur ?

Qu’on relise dans un dictionnaire les divers sens du mot « prévention« , pour vérifier que là où certains proposeraient une légitime prévention (« mesure préventive contre certains risques ») de la radicalisation islamiste, d’autres y verraient préventions (au sens de préjugés) « islamophobes » de méchants racistes contre de pauvres musulmans….


On se réjouit que des responsables politiques se soucient de chercher comment la République pourrait “rassurer la communauté musulmane« , mais on pourrait réciproquement (“et en même temps” ?) se demander comment cette même « communauté musulmane » pourrait, outre sa cultu(r)elle participation à l’oumma musulmane internationale, rassurer la République sur son envie politique de faire nation et respecter la légalité républicaine, alors que tel récent sondage signale que, pour le quart de cette communauté, les lois dites sacrées devraient l’emporter sur la loi républicaine commune.

Face à la “radicalisation religieuse” aussi insidieuse que diffuse et difficile à cerner, face à la difficulté de prévenir des passages à l’acte « terroriste » relevant souvent autant de la pathologie mentale que du malaise social ou culturel ou de la manipulation idéologique, ne conviendrait-il pas d’en revenir à une politique culturelle radicale prônant l’humanisme rationaliste de nos Lumières ainsi que le doute radical cartésien ayant permis la libre-pensée philosophique anticléricale et libératrice à la fois de la soumission tant à nos superstitions qu’à l’absolutisme politique ?

A laisser se prêcher les pires sottises, on finit fatalement par abêtir toute une population. Nous l’avons assez vécu pendant des siècles durant lesquels on laissa la théocratie oeuvrer en notre pauvre pays, avec pour conséquences les atroces guerres civiles et religieuses que cela lui valut.

Toute religion prétendant faire le salut de l’homme, de sa tribu, de sa communauté, voire de toute l’humanité ou de l’oummanité ne peut que s’impliquer dans le politique, censé lui aussi s’occuper du salut de chacun et de tous. Or, quelle autonomie politique serait possible sans que la politique ne s’autonomise d’abord par rapport au religieux ? Toute l’histoire séculaire de l’Occident depuis huit siècles ne raconte-t-elle pas la lutte que le Pouvoir temporel (politique) dut mener contre les prétentions à ce même pouvoir de la part du pouvoir religieux dit spirituel ?

Si, comme parent, je participais, à une sortie scolaire en portant un T-shirt affirmant, par exemple, « HOMO HOMINI DEUS » ou « Il n’y a pour l’Homme de Dieu que l’Homme », accompagnerais-je seulement une sortie scolaire ou n’en profiterais pas déjà pour me conduire davantage en militant humaniste qu’en citoyen lambda, et ne devrais-je pas accepter d’être interpellé par un compatriote qui m’expliquerait qu’il n’y a de Dieu que Dieu et qu’Untel est son prophète ? Citoyen d’une démocratie laïque et adulte, si je veux pouvoir afficher publiquement mes convictions ou ma confession, ne dois-je pas assumer en retour que, publiquement affichées, elles puissent être publiquement interpellées ou critiquées ? 

C’est sans doute le pays tout entier, autant que la « macronie » (comme l’écrivent certains journaux) qui se sent questionné sinon indisposé par la manière dont certain(e)s compatriotes tiennent à afficher les convictions religieuses propres à leur communauté avant d’afficher ou de valoriser les valeurs propres à la communauté nationale tout entière. Même (et surtout) si ces valeurs propres à la nation tout entière impliquent le respect des libertés de conscience ou de convictions des particuliers, il importe à chacun de valoriser celles-là s’il veut profiter de celles-ci.

En appelant « la nation tout entière » à se mobiliser contre l’islamisme, espérons que le Président de la R.F. n’oublie pas les millions de nos compatriotes musulmans appelés à cette même et commune mobilisation.

En effet, pour éviter toute stigmatisation de l’islam ou des musulmans, qui mieux que nos compatriotes musulmans pourrait se mobiliser contre l’idéologisation ou la politisation de leur religion par les islamistes ? Y a-t-il, en effet, plus légitime qu’un membre de telle nation, religion ou communauté pour faire la critique (pourquoi ne serait-elle pas constructive ?) de sa nation, religion ou communauté ? Ce sont bien des Français chrétiens qui ont imposé à L’Eglise chrétienne française la loi de séparation de 1905, ceci afin de permettre l’épanouissement de la liberté de penser de chacun et d’assurer l’autonomie du politique par rapport au religieux. Aujourd’hui, ce sont assurément les musulmans qui sont les mieux à même de décider de l’aggiornamento ou des Lumières dont il convient d’éclairer le Coran afin que nul ne puisse plus en abuser pour se la jouer dictateur, théocrate ou terroriste. Toute suspicion “islamophobe” sera d’autant moins jetable sur nos compatriotes musulmans lambda que ceux-ci ne seront pas les derniers à se mobiliser contre une idéologie mortifère qui tire le pire et non le meilleur de leur Saint Livre.

Je n’ignore pas que la religion est présentée par certains et devenue pour beaucoup moins une confession qu’une identification. Et que nul ne renonce volontiers à ce qu’il estime une référence identitaire, d’autant moins qu’on voudrait vous en faire honte ou vous en stigmatiser (cf. « Résiste ! Prouve que tu existes ! »). Mais faut-il confondre affiliation à une religion, le plus souvent due au hasard de la naissance, et adhésion à une idéologie mortifère qu’on peut se faire un devoir de combattre, même si certains prétendent (par mauvaise foi, devrait-on dire) l’identifier à votre religion ?

On me rappelle aussi que Le coran, ayant été écrit sous la dictée de Dieu, pas une virgule ne doit en être changée. C’est un système totalitaire par essence, me dit-on, qui n’a rien à voir avec le christianisme (religion qui, elle, a permis la sortie du religieux). On connaît la formule : « Vous ne voulez pas vous occuper de l’islam, mais soyez certain que lui a bien l’intention de s’occuper de vous ». Je n’ignore pas le prosélytisme islamiste en cours depuis des décennies ni les difficultés qu’implique tout aggiornamento d’un texte dit sacré. Mais je sais aussi que si nos compatriotes musulmans ne se mobilisent pas avec le reste de la nation contre le retour d’un obscurantisme religieux exogène, ils seront les premières victimes et des islamistes et des islamophobes. 


Si le Président de la R.F. estime lui-même que « Le communautarisme… c’est la volonté de faire sécession dans la République, au nom d’une religion », il pointe la gravité de la situation où une nation peut être conduite, du moins si on se souvient où une « sécession » entraîna la jeune démocratie des USA au 19e ou la Yougoslavie au 20e.

En évoquant tantôt “l’hydre islamiste”, tantôt la “sécession communautaire” qui semble tenter certains de nos compatriotes musulmans, le Président de la R.F. montre qu’il a bien compris que ce qui,une fois de plus, agite la France ces jours-ci et menace son avenir, ce n’est pas juste le port d’un bout de tissu ni seulement une excitation médiatique ou politicienne.

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