Entre le « ni droite – ni gauche », un rien de « et en même temps », faut-il finir amputé ?

Ou, au contraire, se revendiquer de gauche
d’autant plus qu’on ne serait plus à gauche… ? (1)

On doit pouvoir se sentir « de gauche » et défendre (ou au moins adhérer à) des propositions ou valeurs telles que (pour donner quelques exemples) :

  • Encouragement à la mutualisation coopérative (et de proximité) des moyens de production,
  • partage le plus (tendanciellement) équitable des richesses collectivement produites (dans un souci de justice sociale, sans que le talent, efforts, compétences ou génie de l’individu soient oubliés),
  • fraternité nationale et internationale (sans empêcher la mobilisation d’une volonté  nationale, régionale ou locale de prise en main d’un destin commun),
  • socialisation républicaine des moyens d’éducation enseignant le bien commun et l’épanouissement personnel en même temps qu’un rationalisme élémentaire,
  • respect de l’environnement et des biotopes proches ou lointains,
  • défense de la libre pensée, de l’autonomie intellectuelle et morale de l’individu,
    (interdisant toute assignation identitaire collective à une « race », une nation de naissance ou à une religion)

Et cependant estimer que toute une gauche (trop « réaliste » ou résignée aux rapports de force ayant permis, depuis les années 80 du siècle dernier, l’hégémonie de l’argent et de la spéculation à courte vue) aurait renoncé à ces valeurs et à ces idéaux au point de ne plus avoir envie d’en être ou d’être identifié avec elle ?

Est-il si compliqué de se sentir d’une gauche assez rationaliste et libertaire pour se mobiliser contre toute forme d’assignation identitaire (qui prétend par exemple que tout arabe est musulman, que les Européens sont des chrétiens, qu’une religion est une identité, que critiquer une croyance revient à critiquer une identité, au point de confondre « race », religion et idéologie, etc.) sans accepter d’être traité de raciste par les promoteurs du prosélytisme théocratique ?

Quand on estime qu’être de gauche implique la défense d’une laïcité garante de la libre pensée et donc prête à combattre les assignations confessionnelles, l’obscurantisme religieux ou superstitieux, voire à devenir radicalement anticléricale face à un cléricalisme théocratique radicalisé, est-il si étonnant qu’on puisse encore se réclamer de gauche même si à gauche nombreux sont ceux qui auraient renoncé à ce combat ?

On peut avoir d’autant plus de raisons de vouloir se sentir de gauche qu’on aura constaté que, depuis 1983 et sa soumission (« réaliste » ou « traîtresse » ?) à l’hégémonie néolibérale du capitalisme mondialisé, la « gauche de gouvernement » a non seulement renoncé à une politique économique de gauche (priorité à la protection du travailleur et de l’emploi, justice fiscale réduisant drastiquement les inégalités sociales, etc.) mais également à ce qu’étaient les idéaux de la gauche républicaine et sociale promouvant (au lieu d’abandonner les esprits aux télés privées, à la dictature de l’audimat, de la pub et d’un illusionniste hédonisme consumériste) une éducation populaire tous azimuts, une laïcité garantissant la libre pensée, le rationalisme et l’autonomisation de l’individu par rapport aux hasards de sa naissance (confession, communauté, nationalité, etc.).

Entre une gauche libérale (qui se veut « réaliste et de gouvernement », au point de s’aveugler sur l’irréalisme fondamental que suppose la croyance en un développement productif et consumériste indéfini sur une planète aux ressources finies et au climat fragilisé par l’anthropocène) et une gauche antilibérale (qui se veut morale et généreuse au point de distribuer des richesses et des assistances qu’elle n’a pas encore mobilisées, et se veut garante des « libertés de tou.te.s » en s’aveuglant sur l’identitarisme communautaire auquel le cléricalisme prétend assigner ses ouailles), sans doute est-il plus urgent que jamais de se dire de gauche au moment même où on aurait le sentiment qu’à gauche tout fout le camp et s’atomise…

(1) https://www.philippebilger.com/blog/2019/10/alain-finkielkraut-est-il-de-droite-.html

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