Antisionisme & antisémitisme

Sur antisémitisme et antisionisme,
suite à la résolution du 1er juin 2017 du Parlement européen

La résolution :

http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//NONSGML+MOTION+B8-2017-0383+0+DOC+PDF+V0//FR

 » invite (point n°2 parmi 20 autres points) les États membres et les institutions et agences de l’Union à adopter et à appliquer la définition opérationnelle de l’antisémitisme utilisée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) »

Voici (en anglais) la définition de IHRA à laquelle il est fait mention :

https://www.holocaustremembrance.com/sites/default/files/press_release_document_antisemitism.pdf

1 Des prises de positions critiques de cette déclaration :

http://www.ujfp.org/spip.php?article5669

Extrait de ce site :  » Ce vote contribue à renforcer ce climat nauséabond où la parole critique à l’encontre d’Israël est bâillonnée et criminalisée. Ce vote, c’est une attaque sournoise contre la liberté d’expression de la part de la seule institution démocratique de l’Union européenne. »

[où l’on reconnaît le style, le vocabulaire voire le sophisme de polémistes… se plaignant sans doute aussi que la loi française de 1972 (assimilant le racisme à un délit et non à une libre opinion) limite la liberté d’expression des racistes… ]

https://lemuslimpost.com/interview-dominique-vidal.html
(Dominique Vidal, ancien journaliste du Monde Diplo)

http://www.humanite.fr/texte-collectif-non-linstrumentalisation-de-la-lutte-contre-lantisemitisme-638380

extrait de cet article : « si l’on peut considérer qu’il existe dans certaines attaques formulées contre Israël des dérives antisémites, les critiques de la politique des gouvernements israéliens ne peuvent en aucun cas être assimilées à de l’antisémitisme sans nuire tout à la fois au combat contre l’antisémitisme et contre le racisme, et à la liberté d’opinion nécessaire au fonctionnement de nos démocraties. »

[où l’on constate que l’Humanité au moins reconnaît les éventuelles dérives antisémites de critiques antisionistes. Cependant, il faut noter que la résolution dont il est question n’interdit pas la critique de politiques menées par tel ou tel gouvernement de l’Etat d’Israël mais stigmatise comme antisémites les positions de qui récuserait la légitimité de l’existence de l’Etat d’Israël ]

https://blogs.mediapart.fr/register/blog/300517/50-ans-doccupation-israeliennele-parlement-europeen-criminalise-le-delit-dopinion

Dans cette page de blog, on fait le même reproche d’atteinte à la liberté d’expression que constituerait cette résolution.

https://bxl.indymedia.org/spip.php?article14496

Pour constater la mauvaise foi de ce site il suffira de comparer les éléments du procès fait aux réelles propositions de la résolution européenne attaquée.

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article41574 (Shlomo Sand interpellant Macron)

Argumentation intéressante, mais qui semble ignorer que Macron, affirmant ce 17 juillet lors de sa déclaration à l’occasion de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv  (« l’antisionisme est la forme réinventée de l’antisémitisme »), ne faisait que reprendre la déclaration européenne du 1er juin.

https://www.egaliteetreconciliation.fr/L-antisionisme-est-la-forme-reinventee-de-l-antisemitisme-Shlomo-Sand-repond-a-Macron-46850.html

Ce site de Soral (dont on connaît le positionnement politique) reprend texto l’interpellation de Shlomo. Et on ne sait pas si ce dernier serait ravi de se voir ainsi publié sur un tel site….

http://mcpalestine.canalblog.com/archives/2017/06/06/35359957.html

On pourra y lire une riche argumentation « antisioniste » de la part d’un Palestinien

https://ruptures-presse.fr/actu/parlement-europeen-adopte-definition-antisemitisme-criminalise-critique-israel-antisionisme/

Où l’on pourra lire la critique d’un site se définissant comme « radicalement eurocritique »

https://www.partiantisioniste.com/actualites/lobbys-israeliens-parlement-europeen.html

(pour qui s’intéresserait à ce personnage assez pittoresque « descendant du Prophète »)

2 Des analyses plus anciennes de cette question :

http://lmsi.net/Antisionisme-et-antisemitisme-ne

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/632264-antisemitisme-et-antisionisme-une-confusion-malsaine-qu-il-faut-dissiper.html

3 La tribune de plusieurs intellectuels approuvant cette résolution :

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/07/24/31003-20170724ARTFIG00095-lutte-contre-l-antisemitisme-le-pas-en-avant-du-parlement-europeen.php :

 » Depuis plusieurs décennies, l’antisionisme est la forme mutante de l’antisémitisme, il en est la dernière expression historique. En raison de cet état de fait, le Parlement européen a raison d’inclure dans sa définition de l’antisémitisme, l’expression de l’hostilité structurée et systématique à l’égard de l’État d’Israël. Cette hostilité discrimine non seulement tous les habitants d’un pays, mais encore expose à la violence toute personne qui témoigne d’un lien affectif ou culturel avec ce pays. « 

4 L’approbation du CRIF :

http://www.crif.org/fr/actualites/crif-une-definition-de-lantisemitisme-votee-par-le-parlement-europeen

5 Une approche centriste plus nuancée :

https://centriloque.wordpress.com/2017/07/15/le-parlement-europeen-vote-une-resolution-controversee-contre-lantisemitisme/

6 Site Suisse, un entretien nuancé et soucieux d’honnêteté intellectuelle :

https://www.lecourrier.ch/150553/critiquer_israel_est_ce_de_l_antisemitisme

7 Sur ce sujet, il y aurait aussi la curieuse programmation / déprogrammation d’un documentaire sur l’antisémitisme en Europe par ARTE :

http://www.veroniquechemla.info/2017/06/un-peuple-elu-et-mis-part.html

Pour ma part, voici ma courte contribution à ce débat :

Depuis le plan de partage de la Palestine proposé par l’ONU en 1947 puis la déclaration d’indépendance de l’Etat d’Israël en 1948, toute contestation de l’existence de cet Etat a entraîné guerres, violences et multiples misères.

Le peuple juif aurait-il moins droit à un Etat que les nombreux autres peuples auxquels l’histoire a permis de se constituer en Etat depuis les deux derniers siècles ?

Lorsque quelqu’un se dit « antisioniste », pouvez-vous savoir
1 s’il s’oppose à l’existence même de l’Etat d’Israël et se fait l’allié d’Etats réclamant la destruction de « l’entité sioniste »,
2 s’il s’oppose seulement idéologiquement au sionisme (qu’il dénoncerait comme une idéologie ethno-nationaliste détestable comme tant d’autres nationalismes,
qu’il ne faudrait pas alors oublier de dénoncer…),
3 s’il s’oppose au néosionisme de ceux qui outre l’existence de l’actuel Etat d’Israël rêvent d’un « Grand Israël » qui s’étendrait sur toute la Palestine, voire sur la Jordanie ?

Lorsque quelqu’un dénonce Israël comme « Etat colonialiste », pouvez-vous savoir
1 s’il estime que l’existence même d’Israël relève d’une colonisation scandaleuse de terres palestiniennes
2 s’il dénonce seulement l’occupation et partielle colonisation de territoires palestiniens gagnés lors de la guerre de 1967 ?

Peut-on encore ignorer combien la mobilisation arabo-musulmane contre l’existence d’Israël a entrainé un antisémitisme virulent dont sont victimes à travers le monde des habitants de divers pays, ici nos compatriotes, juste parce que juifs ou assimilés à cette « race maudite » ?

Peut-on encore ignorer combien d’intellectuels musulmans s’inquiètent et s’affligent du racisme anti-juif dont ils constatent la généralisation dans les populations musulmanes au milieu desquelles ils vivent ?

Peut-on encore ignorer à quel point l’antisionisme est devenu dans les populations musulmanes où l’islamisme ravive les crispations identitaires un véritable et systématique antisémitisme ?

Quant à ceux qui s’indigneraient que l’antisémitisme soit davantage stigmatisé que d’autres racismes, anti-rom ou anti-arabe, par exemple,
peuvent-ils encore ignorer que, dans notre pays, ces dernières décennies, c’est l’antisémitisme islamiste qui est actuellement le racisme le plus virulent,
et qui y a fait le plus de morts, de blessés, de victimes ?

 

Il faut que je précise que l’intervention ci-dessus s’inscrit dans un débat auquel j’ai été appelé par des camarades suite aux déclarations du Président de la République à l’occasion de la récente commémoration de la rafle du Vel d’Hiv :

Déclaration du président de la R.F. à l’occasion du 75ème anniversaire de la Rafle du Vel d’Hiv

http://www.elysee.fr/declarations/article/discours-du-president-de-la-republique/

au cours de laquelle il a affirmé :

« Nous ne cèderons rien aux messages de haine, nous ne céderons rien à l’antisionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme »,

il y a eu beaucoup de réactions, prises de positions et critiques.

Par exemple, celle d’un Denis Sieffert,

https://www.politis.fr/articles/2017/07/fautes-politiques-et-morales-37362/

celle du NPA

https://npa2009.org/actualite/politique/antisionisme-antisemitisme-les-scandaleux-amalgames-de-macron

cet article du Monde (mais il faut peut-être être abonné pour y accéder) dont les nombreux commentaires méritent le détour :

http://abonnes.lemonde.fr/societe/article/2017/07/16/macron-reaffirme-la-responsabilite-de-la-france-dans-le-vel-d-hiv_5161159_3224.html

Mais aussi celle de ce site :

http://orientxxi.info/magazine/non-m-le-president-l-antisionisme-n-est-pas-un-antisemitisme-reinvente,1954

dont je retiens les extraits suivants :

 » L’antisionisme n’est pas une idéologie très définie. Historiquement, il a consisté à récuser l’idée d’une solution nationaliste à la question juive. Aujourd’hui, il y a en Israël des gens qui se disent antisionistes par simple hostilité à une occupation des Palestiniens menée au nom même du sionisme. D’autres se disent « post-sionistes » parce qu’à leurs yeux, l’ambition du sionisme étant la constitution d’un État juif, son existence annule d’autorité la nécessité du sionisme. Je connais enfin des Israéliens tout à fait sionistes qui sont si révulsés par la politique de Nétanyahou qu’ils se disent honorés d’être traités d’« antisionistes » par un gouvernement d’extrême droite raciste et colonialiste. »

« … Que l’on trouve parmi les antisionistes d’aujourd’hui des gens projetant sur Israël leur antisémitisme atavique ou récent ne fait aucun doute. Mais que l’antisionisme soit en tant que tel une idéologie antisémite est une idée infamante et erronée. »

Sur cette question, voici mes propres réflexions ou plutôt questions :

L’existence de l’Etat d’Israël (reconnu par l’ONU, comme des dizaines d’autres Etats au cours du dernier siècle) mérite-t-elle d’être davantage contestée que l’existence des dizaines d’Etats construits au cours des deux derniers siècles dans le cadre des démantèlements d’empires précédents ?

Faut-il, par exemple, rappeler que l’Allemagne moderne est née du démantèlement du Saint Empire Romain Germanique…  la Belgique de l’effondrement de l’Empire napoléonien…  l’Autriche ou la Hongrie modernes du démantèlement de l’Empire Austro-Hongrois des Habsbourg…   la Grèce moderne, le Liban, la Syrie, la Jordanie, Israël, du démantèlement de l’Empire ottoman…  les nombreuses républiques post soviétiques de l’effondrement de l’Empire soviétique…   les pays du Maghreb comme le Maroc, l’Algérie ou la Tunisie de l’effondrement de l’Empire colonial français ? Etc.

L’Etat d’Israël ne s’est-il pas, comme la plupart des autres Etats existants, fondé sur une idéologie ethno-nationaliste, linguistique ou culturelle ? Et en quoi  l’idéologie sioniste serait-elle plus illégitime que les autres ?

Maintenant que cet Etat d’Israël existe et bénéficie comme d’autres Etats de la légitimité que lui vaut depuis près de 70 ans  la reconnaissance internationale de l’ONU, qu’impliquerait donc la persistance d’une idéologie, de mouvements, voire de « résistances » sinon de guerres antisionistes ?

Pourquoi, de tous les peuples qui auront su se tailler un Etat plus ou moins conforme à leur idéologie nationaliste, le peuple juif serait-il le seul à mériter quelque opprobre particulier ?

On sait, certes, que du côté israélien il existe des mouvements idéologiques ou des partis politiques estimant que le sionisme n’a pas triomphé du fait de la seule existence de l’actuel Etat d’Israël dans les frontières qui lui ont été reconnues en 1947-48 mais qui continuent de se mobiliser pour la création d’un Grand Israël. De tels « grands sionistes » ou « néosionistes » qui justifient l’occupation de territoires palestiniens conquis lors de la guerre de 1967 ne peuvent-ils pas, ne doivent-ils pas, en tant que potentiels fauteurs de guerres,  être l’objet de la même réprobation que ceux qui contestent l’existence de l’actuel Etat d’Israël ?

Et s’il y avait un sionisme à dénoncer, n’est-ce pas plutôt ce seul « néo-grand-sionisme » qui pourrait l’être ? Alors que, outre ce contexte, tout antisionisme relèverait bien d’un antisémitisme (faisant des juifs une population particulière méritant d’être davantage stigmatisée que toute autre population ayant pu se créer un Etat) ?

L’existence d’un Etat juif d’Israël permet-elle de stigmatiser légitimement des citoyens français (ou d’autres pays) d’origine, de famille ou de confession juive juste parce qu’ils auraient la même religion ou les mêmes origines familiales que les citoyens de l’Etat d’Israël (dont on contesterait l’existence ou la politique) ?

Ou parce que, même compatriotes français, ils seraient de la même  » race » que tel premier ministre de cet Etat moyen-oriental dont on estimerait légitime de contester l’odieuse politique ?

Aura-t-il vraiment fallu attendre un Macron pour s’indigner que certains justifient leur antisémitisme par l’antisionisme selon eux légitime qu’ils proclament depuis l’existence d’Israël ?

Pourquoi le sionisme serait-il le seul nationalisme dont il faudrait stigmatiser le succès ? Alors que tous les autres nationalismes seraient, eux, légitimes à se développer dans l’histoire du monde et à se tailler des Etats ?

Pourquoi le nationalisme juif serait-il le seul condamnable (parmi tous ceux que l’histoire aura ou non couronnés de succès) et non le nationalisme croate, serbe, slovène, tchèque, slovaque, russe, biélorusse, ukrainien, finlandais, algérien, arabe, turc, kurde, tibétain, chinois (et j’en passe des dizaines comme les micronationalismes corse, alsacien, basque ou catalan) ?

Lorsque certains estiment que c’est le « colonialisme juif » qui expliquerait voire justifierait le terrorisme palestinien, arabe ou musulman, parlent-ils des territoires colonisés après la guerre de 1967 ou de l’existence même d’une « entité nationale juive » en Palestine qui depuis sa création en 1947-48 serait une insupportable abomination venue se tailler une colonie non musulmane dans quelque Sainte terre musulmane ?

Me dira-t-on laquelle de mes questions ci-dessus serait mal posée ou illégitime ?