Aux risques du RIC ?

Au risque du R.I.C. ?  Souveraine question !

Entre les feux et les enfumages de l’actualité de notre pays, entre les petites rumeurs et les grandes « colères » qui y bruissent et s’y interpellent, entre les craintes des uns et les espoirs des autres, voici quelques points auxquels s’alimente ma réflexion et que je souhaite vous soumettre.

1 D’abord des constats :

Depuis des années, d’élection en élection, on constate une tendance vers une abstention croissante.

Election après élection, on finit souvent par voter sans réelle conviction pour tel(le) candidat(e) afin de se débarrasser d’un(e) candidat(e) qui semblerait pire.

On nous explique que gauche/droite, c’est pareil, et que le seul discours alternatif est tenu aux extrêmes (droite ou gauche), lesquelles, cependant, semblent aux uns aussi inquiétantes que peu crédibles aux autres pour leur aptitude à gouverner ou l’espoir réel d’une alternance possible.

A force d’abstention, les élus (moins de gré que par défaut, rappelle-t-on) peuvent être déclarés plus illégitimes que légaux par une opposition certes encore moins légitime à représenter le pays mais au moins cohérente dans sa légitimité d’opposition aussi minoritaire que déterminée. Et moins on sera allé voter (pour ne pas se laisser piéger, n’est-ce pas ?) plus on pourra éventuellement ensuite se montrer revendicatif, exigeant ou scandaleusement déçu par le Pouvoir si mal élu, et donc si peu légitime…

L’Assemblée nationale est déclarée de moins en moins représentative du pays réel (surtout lorsqu’on la compare à celle d’autres pays où elle est élue à la proportionnelle).

Du fait de l’ajustement quinquennal des législatives sur les présidentielles, le 1er Ministre n’est plus que le « collaborateur » (Cf. Sarkozy) du Président de la R.F., et les députés de la majorité ne sont souvent plus perçus que comme des pions placés par le peuple à l’A.N. pour confirmer le Président juste élu.

Bref, entre des élus qu’on trouve trop mal élus pour être légitimes et une A.N. qu’on trouve trop peu représentative pour être légitime, certains en viennent, maintenant, à trouver légitime de demander la démission d’un Président de la R.F. pourtant juste élu l’année précédente, parce que sa politique, même annoncée lors de la campagne électorale, serait trop injuste pour ne pas mériter de violentes contestations.

Depuis l’effondrement des partis politiques et le peu de représentativité mobilisatrice des syndicats, il ne semble plus guère y avoir d’intermédiaires (ni politiques, ni syndicaux, ni associatifs) entre le Pouvoir et le Peuple.

Et ce sont les médias de l’info en continu, les sondages d’opinion ou d’émotion, les réseaux sociaux en direct live qui se présentent comme à la fois les relais et les porte-parole du peuple ou du pays.

C’est dans ce contexte qu’est apparu dans diverses manifestations, plus ou moins populaires, brandi de plus en plus haut, un sigle de trois lettres (comme les trois pointes du mystique triangle divin où s’ouvrirait l’œil du Souverain) :

R.I.C
Référendum d’Initiative Citoyenne

 

2 Un exemple d’argumentaire favorable au RIC

Celui d’Etienne Chouard, procureur de notre actuelle « anti-constitution » (selon lui) et avocat du RIC.

Depuis des années, le RIC est défendu par certains mouvements politiques ou promu par certains blogs, comme celui d’Etienne Chouard (qui gagna sa notoriété par sa campagne pour le Non au référendum proposé pour valider le TCE en 2005) :

Populisme et souverainisme ne sont pas des gros mots

un exemple de ses dernières interventions :

https://www.youtube.com/watch?v=Pvn1AWl0zHc (où, fort honnêtement interviewé par Natacha Polony, il s’explique fort clairement sur ses réflexions, critiques et propositions)

*

Afin de comprendre la logique qui anime Chouard, et vous la présenter, voici quelques-unes de ses réflexions et certains termes entre guillemets que j’ai notés et résumés au fil de son intervention dans :

https://www.youtube.com/watch?v=zzgKzY6Mx7g

Comment faire de nos représentants des serviteurs du peuple et non ses maîtres ou traîtres ?

Le système actuel de représentants revient à élire nos futurs maîtres, à élire des gens qui aspirent au pouvoir par goût du pouvoir. Or on devrait savoir qu’il ne faut jamais donner le pouvoir à ceux qui le veulent.

En outre, ces candidats peuvent être aidés financièrement par ceux qui en ont les moyens (les riches, les propriétaires, patrons, banques, etc,) et dont ils deviendront les obligés. C’est ainsi que le pouvoir économique s’approprie le pouvoir politique et la légitimité démocratique. Et ceci, depuis la révolution française, quand des riches et actifs marchands (les bourgeois) remplacèrent au Pouvoir les nobles oisifs et dépassés.

Nous chérissons le suffrage universel qui nous permet d’élire des « crapules » (que les puissances d’argent nous désignent et nous médiatisent) qui se considéreront ensuite comme nos légitimes maîtres (tout en restant les serviteurs de ceux qui les auront aidés à être élus).

Précisons que des élus qui le seraient avec une abstention telle qu’ils n’auraient été élus que par une petite minorité d’inscrits devraient, s’ils avaient quelque honneur, renoncer à se dire élus du peuple. La reconnaissance du vote blanc permettrait d’ailleurs de donner aux citoyens ce pouvoir supplémentaire de dire qu’aucun des candidats en lice ne leur convient ni ne mérite d’être élu. D’ailleurs on peut estimer qu’actuellement une grande part des votes à l’extrême droite ou à l’extrême gauche sont des espèces de votes blancs : on sait que celui pour qui on vote ne sera pas élu, mais cela permet de dire au Système qu’on le conteste en bloc. Mais que ce soit vote blanc ou de protestation, le fait même d’en rester au vote nous maintient encore dans le piège du système qui ne nous permet que d’élire nos maîtres.

La constitution de notre 5ème République, conçue pour permettre le gouvernement d’un Chef qui avait de l’honneur (De Gaulle, héros de l’Histoire, qui d’ailleurs démissionna après avoir perdu lors du référendum qu’il convoqua en 1969, ce que ne fit pas Mitterrand après avoir perdu les élections législatives de 1986) permet maintenant à des « gredins » sans honneur voire corrompus par des forces étrangères (financières, mondialisées) de gouverner.

La seule manière d’éviter de tels achats et emprise sur les élus, c’est le tirage au sort (réellement équitable et incorruptible, et qui ne doit rien à personne). On pourrait aussi envisager d’élire des représentants parmi des gens que nous connaîtrions, aux qualités et vertus de qui nous ferions suffisamment confiance pour les nommer comme nos représentants, sans même qu’ils aient à être candidats. Ce qui n’empêcherait pas, ensuite, les instruments de contrôle et une éventuelle révocation (grâce notamment à un RIC révocatoire).

Il faut que ce soit le peuple qui décide des règles permettant la désignation de ses représentants (élections, tirage au sort, examen de passage, etc.) et des moyens de contrôler ensuite leur travail ou leurs lois. Il faut que le peuple puisse voir ses représentants au travail, que ce soit filmé en direct (comme le sont actuellement les séances à l’A.N, ce que Chouard semble oublier.). Il faut qu’il puisse éventuellement les révoquer en cours de mandat. Le problème actuel n’est pas Macron, mais les institutions qui permettront de le remplacer afin de nous garantir plus de démocratie. Si, sans changer les institutions, on se contente de remplacer Macron, on risque d’avoir pire. « Renverser le pouvoir, sans avoir idée du pouvoir à mettre à la place, est débile «  (vers 25′ )

[Attention : au cas où un RIC serait proposé au peuple, comment celui-ci pourrait-il être sûr d’être bien informé des éléments du débat et des conséquences de son vote ? Par quels médias n’appartenant pas aux millionnaires qui actuellement les contrôlent quasiment tous ? Par les réseaux sociaux où peuvent fleurir instantanément et en continu toutes sortes d’infox ? (Questions que Chouard ne pose pas)]

Il faut que des électeurs, jusqu’à présent piégés par le faux suffrage universel, se transforment en citoyens constituants, cette « métamorphose » pouvant se faire grâce au tirage au sort. (Alléluia !?)

En fait, selon Chouard, le mouvement des Gilets Jaunes pourrait bien être un formidable mouvement d’éducation populaire permettant de transformer des électeurs en citoyens constituants.

3 Un exemple de critique radicale du référendum en général
et du RIC en particulier :

Ce même RIC (ou RIP, Référendum d’Initiative Populaire), peut aussi être dénoncé, en s’appuyant sur ce que nous apprend l’histoire récente des recours au référendum dans notre pays, et en se permettant aussi certains procès d’intentions, par exemple ainsi :

https://www.nouvelobs.com/politique/20181219.OBS7404/tribune-de-le-pen-a-ruffin-en-passant-par-chouard-le-ric-ou-la-confusion-des-genres.html?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR3n4yxr1aoc4ZfTKBGDtAvCPQUGpcaIX18Gveoz8bnQfC-k9IGi_dXK95s#Echobox=1545317460

Résumons :

Les principaux reproches ainsi faits au RIC,

C’est paradoxalement d’amenuiser voire supprimer l’espace démocratique en réduisant à néant l’expression des corps intermédiaires, ainsi que l’expression de positions ou propositions de classes, telles que partis politiques ou syndicats peuvent les réfléchir et les formuler, grâce à un intellectuel commun forgé avec le temps et l’expérience,

C’est de réduire la nation à une dichotomie plus fantasmée que réelle, voire complotiste, entre Pouvoir et Peuple, Haut contre Bas, en oubliant que souvent le Haut a su éclairer le Bas, et qu’au sein du Bas peuvent coexister ou s’opposer bien des rivalités divergentes sinon antagonistes, qui à peine le Pouvoir abattu, se retrouveront en guerre les unes contre les autres (voir ce qui s’est passé entre nazis et communistes, une fois la république de Weimar abattue).

C’est de permettre l’addition hétéroclite de tous les mécontents (qu’ils soient radicalement de droite ou de gauche, qu’ils soient rouge vif, brun vert-de-gris ou béjaune), ce qui se produisit lors du référendum sur le TCE en 2005, contre lequel se coalisèrent  anti-européens, souverainistes et antilibéraux de gauche et de droite, sans pour autant pouvoir ensuite s’unir pour proposer une perspective commune alternative à l’UE tant décriée.

Promu par la même coalition hétéroclite d’opposant radicaux au Système, que les uns trouvent trop libéral-capitaliste, les autres trop statolâtre et fiscaliste, le RIC, tel que réclamé par le mouvement des Gilets Jaunes, risque fort, en effet, de n’être que l’occasion de grandes ruées aussi populaires que moutonnières aiguillonnées par des démagogues plus naïfs ou machiavéliques les uns que les autres.

[ ajout du 9 janvier :

Un lien vers une réflexion très intéressante sur « l’équivoque référendaire »  https://laviedesidees.fr/L-equivoque-referendaire.html

 

4 Pour ma part, voici une piste de réflexion que j’explore pour le moment :

De même que certains estiment que l’expression démocratie représentative est un oxymore (une contradiction), on peut estimer qu’une démocratie qui se rêverait directe voire instantanée au fil des opinions, des émotions ou des manipulations du moment serait un cauchemar bouillonnant où la démocratie serait instantanément cuite au court-bouillon des passions du jour ou du trimestre.

Mais pour permettre, dans le cadre de notre démocratie représentative, que le peuple, du moins l’ensemble des citoyens s’exprimant par leurs votes (à ne pas confondre avec une foule se ruant le long de boulevards vers de grands soirs fumigènes) puisse rester le souverain en dernier recours ainsi que le maître de ses délégués, élus ou représentants, il faut que lui soient ouverts régulièrement (soit à des dates fixées d’avance soit par des demandes émanant de la nation elle-même ou de ses représentants) des espaces de dialogues, de débats, de délibération et des occasions de décisions le concernant.

C’est cette notion de consultations référendaires à questions & choix multiples que je développerai ultérieurement, afin que le peuple, redevenu souverain en ce miroir qu’il saura se tendre, apprenne de nouveau à se respecter et à faire respecter ses représentants.

Et je souhaiterais qu’à l’issue du Grand Débat proposé par le Pouvoir une telle consultation référendaire puisse rendre la parole et le pouvoir à la Nation, non dans le but de dénoncer ou révoquer ses représentants ou le Pouvoir, mais au contraire avec leur contribution technique et dans le cadre des responsabilités qui leur incombent constitutionnellement.