Après une Étrange Défaite… vers une Résistible Ascension ?

Ci-dessous, le commentaire que j’ai proposé suite à l’article de Michel Wieviorka publié sur le site The Conversation (site français) :

https://theconversation.com/apres-la-reforme-des-retraites-un-horizon-politique-qui-profite-a-lextreme-droite-pour-2022-128913

Le pire est, en effet, à craindre et (sans vouloir me vanter) je peux en témoigner :

Militant de gauche (d’abord aux Verts puis au PS), syndicaliste (FSU), citoyen engagé pendant des années dans un mouvement antiraciste, adhérent au mouvement ATTAC dès le début (jusqu’à ses divisions ultérieures), mobilisé avec la gauche noniste en faveur du Non au TCE en 2005, j’ai appelé en 2002 à voter Chirac au second tour contre Le Pen père, et en 2017 à voter Macron face à Le Pen fille, et je me suis indigné que certains de mes camarades de gauche aient à cette occasion choisi de s’abstenir derrière le slogan « ni patrie ni patron,
ni Le Pen ni Macron ! ».

Mais après un peu plus de deux ans du régime Macron et de réformes qui me semblent toutes plus des régressions sociales que des réformes de justice, après en outre le grand nombre d’incompétences avérées (tant dans le choix des personnes – déconsidérées ou mises en examen peu après leur nomination-  que des mots employés pour humilier des citoyens rencontrés au cours de bains de foule), je finis par me persuader que Macron est bien, ce que je craignais, moins une singularité qu’une entité émergée dans notre vie politique avec l’appui souterrain de puissants courants réactionnaires (banques, lobbys conservateurs, catho ou patronaux, entre soi de happy few d’une upper class) qui n’a d’autre idéologie que la prioritaire réussite des puissants et l’application aveugle d’un ordo-libéralisme plus favorable à l’argent qu’aux gens, et qui à cette fin n’hésite pas à mentir (voir ce qu’il a promis avant-hier sur l’âge pivot de départ à la retraite et comment il y renonce aujourd’hui) ou à promener tout le pays dans quelque « Grand Débat » dont il ne sortira rien, ni synthèse ni consultation populaire, et qu’on passera ainsi à la trappe.

Entre temps, la gauche s’est suicidée à force de tout à l’ego et, atomisée, n’est toujours pas capable de proposer la moindre alternance électorale (sans même parler d’alternative politique).

Et donc, pour ne pas me laisser piéger une fois de plus dans le dilemme condamnant à choisir entre une droite internationale-libérale figée dans son ordo-libéralisme de régression sociale et une droite nationale-sociale en pleine évolution idéologique, j’en suis à me dire que la prochaine fois je ne prendrai pas part à ce jeu de dupes, ce qui, pour la première fois de ma vie, me conduirait, lors d’une élection à enjeu national, à m’abstenir et donc, j’en suis conscient, à entériner la possibilité du pire, un peu comme l’âne qui un jour, rechigné de honte et d’humiliation, préférerait mourir de faim plutôt que de courir tout le temps après la carotte avec laquelle on le fait marcher depuis trop longtemps.