Cette période de confinement m’a permis d’effectuer diverses toilettes de mon disque dur et donc d’exhumer certaines archives, devenues historiques (en tout cas pour ma propre histoire) mais traitant néanmoins de problèmes politiques toujours d’actualité. C’est pourquoi je les remets ici en lumière, afin qu’un éventuel lecteur puisse en éclairer sa propre réflexion.
Neuwiller-les-Saverne, 21 juin 2003
Monsieur Bové,
José,
L’été dernier, passant dans le causse du Larzac, j’ai pensé à toi (à vous tous qui avez dans les années 70 su résister au projet d’agrandissement du camp militaire du coin et avez, depuis, mené bien d’autres combats) ; j’ai compris, en voyant le pays (si peu sage ou si sauvage) dans lequel vous viviez, ce que vous pouviez aussi être. J’ai compris la force, l’énergie qui pouvait irradier de ces lieux, le sentiment « d’en être » pour ceux qui en étaient ; et j’imagine bien que vous avez dû (ou pu) développer en vous le sentiment « qu’il y a des choses qui ne se font pas » et que même si les autres ne comprenaient pas tout ce que vous aviez compris, ce n’était pas la peine de vouloir trop leur expliquer (non que vous n’ayez pas tenté d’expliquer, mais qu’à la longue, entendu ou non, il fallait se bouger), parce qu’il y a des choses qui se vivent, et d’autres qui se refusent. Un point, c’est tout.
Je savais déjà, alors, quel avait été ton engagement, ta participation parmi d’autres à diverses actions destinées à protester, dénoncer, informer, empêcher l’inadmissible. Je savais aussi quelle avait été la médiatisation forcenée (assumée, supportée ou recherchée) qui fut la tienne ou dont on te chargea.
J’ai vu des images (à la télé) du démontage du Mc Do, du fauchage de tel champ de colza, j’ai vu ta fougue, ta « présence », d’autant que les images diffusées ne semblaient (parfois) voir/montrer que toi. Or je sais que tu ne fus pas seul. Je sais que c’est au nom d’un combat collectif, porté au nom du bien collectif (estimé tel par vous) que tu/vous avez agi. Tout le monde devrait le savoir, même les journalistes qui posèrent ton image en avant de celle d’autres, même les juges qui t’ont condamné, même les copains militants qui personnalisent leur/notre combat en te mettant en avant, et qui aujourd’hui crient ton nom, appellent à ta libération, parce que c’est toi qui es en prison, parce que les martyrs, c’est « bon pour le moral » ou utile pour le combat.
Comment peut-on vivre ce vertige d’être devenu une icône ? A quel point sais-tu combien tout cela est à la fois vrai et faux, juste et pervers ?
Est-ce ta/notre faute si les médias ne peuvent vivre, vendre qu’en mettant en image des coups, des scoops, qu’en mettant en relief des icônes, des meneurs, des responsables (qui, au sens propre, auront à répondre ensuitede l’image qu’on aura fabriquée d’eux) ?
Il y a, à ce sujet, beaucoup de questions que je me pose et que tu t’es sans doute déjà posées (même si ni toi ni moi n’y avons forcément réponse… encore que l’on puisse être amené -de fait- à répondre… sans avoir forcément ni vraiment réponse).
[Mais je ne veux pas oublier que tu risques –si tu n’as pas été gracié avant- de découvrir ce courrier parmi des milliers d’autres dans une cellule du bloc A de ce bâtiment qui, si je ne me trompe, navigue dans les horizons fumeux de la Camargue marécageuse et poudreuse, et où, désert intime et centre d’un vaste mouvement social, je ne sais même pas si tu peux fumer ta fameuse pipe.]
La légalité. L’héroïne de Sophocle, Antigone, avant toi et beaucoup d’autres, estima que face à la légalité inhumaine du dictateur Créon, elle devait poser sa légitimité et celle de ses actes, fussent-ils condamnables aux yeux de la « légalité » du tyran.
Elle s’opposait à une tyrannie. Toi/nous nous mobilisons au sein d’une démocratie (fût-elle formelle seulement ou bien imparfaite) et dans le cadre de lois que, par nos représentants, nous avons contribué à faire voter. Y avons-nous le droit d’agir (au nom d’un principe de précaution, d’un jeu complexe d’une manipulation manipulée/manipulatrice des médias ou d’une personnalisation icônique d’un combat) contre nos lois (quelle que soit par ailleurs leur imperfection) ?
Je sais bien que nous avons raison, du moins pensons avoir raison. Mais avons-nous pour autant le droit de prendre le droit d’aller contre la loi, contre la légalité sans laquelle nous serions encore plus mal en point ensemble ? Je sais bien qu’une loi n’est qu’une étape sur le long chemin de l’humanité à laquelle nous aspirons, et que, souvent, seules des actions déterminées et des prises de risques peuvent modifier des rapports de force, permettre des prises de conscience et donc des modifications de la loi.
Pour autant, José, sais-tu bien, dans ce combat, quelle est la part que tu assumes et celle qu’on te fait porter ? Es-tu intimement persuadé qu’il n’y avait pas d’autre manière (collective) d’interpeller, d’agir ? Faut-il que dans tout combat il y ait fatalement des personnalités émergeantes, « pointées », des meneurs (qu’on pourra ensuite, ici, héliporter à grand renfort de gendarmes et de moyens ; là, en d’autres temps heureusement, fusiller) ?
Cette notion de meneur, te semble-t-elle fatale à tout mouvement collectif ? As-tu le sentiment que tu as cherché ce rôle ou cette fonction, qu’elle t’a été imposée (et que tu l’auras seulement acceptée) par les uns (médias) ou les autres (copains militants) ? T’es-tu dit que puisqu’il en faut, des têtes à montrer (et ensuite symboliquement à couper ou à mettre à l’ombre), il fallait que tu y mettes la tienne ?
As-tu le sentiment de t’être, volontairement/consciemment, sacrifié à une cause, ou d’avoir été (malgré toi) happé dans les leurres médiatiques qui ont besoin de leurs papillons à brûler ou dans les stratégies militantes qui ont besoin de martyrs à brandir pour d’autant mieux mobiliser ?
Je m’adresse ici à l’homme, assis dans sa cellule du bloc A 07, dont la pipe peut-être est éteinte ou confisquée, auquel manquent le causse, ses arômes et ses lumières. A l’homme qui pense qu’il ne donne tout son sens à sa vie qu’en l’offrant à ce combat qui le dépasse, qui sait qu’il faut des figures de proue à toute hardie navigation. A l’homme qui peut se demander : pourquoi moi ? Est-ce ma pipe ou mes moustaches, est-ce ma fonction syndicale qui m’ont mené là ? Pourquoi ai-je (a-t-on) estimé qu’il fallait que j’en passe par là ?
Dans quelle histoire transcendante inscris-tu ton singulier (et notre collectif) combat ?
Pourquoi l’histoire ne pourrait-elle avancer que par celles et ceux qui braveraient les lois collectives ? Pourquoi, dans notre démocratie (si formelle ou bourgeoise, c’est-à-dire soumise au fric, soit-elle. Mais y a-t-il sur terre un seul pays qui ne le soit pas ?), ne trouverions-nous pas d’autres manières d’agir, d’informer, de convaincre que celles qui conviennent aux médias et à l’image qu’ils peuvent/veulent en donner, médias qui recherchent l’esclandre, le scoop, le train qui déraille ou qui ne vient pas à l’heure, le militant qui se met en avant ou qui, pour se mettre en avant et mettre son combat en lumière, a besoin, au sens propre, de dépasser les bornes (comme je t’ai vu faire aussi à la télé, quand tu franchis, à Paris, je ne sais plus quelles barricades) ?
Pourquoi sommes-nous si nombreux (mais néanmoins minoritaires) à estimer, presque naturellement (mais je pense plutôt culturellement) qu’une action n’a de portée réelle que si elle échauffe les objectifs (des caméras) ou bouscule les moutonnements informes des tièdes ?
Pourquoi ne savons-nous pas trouver d’autres formes d’action, de mobilisation, d’information que celles qui nous tombent presque naturellement/culturellement sous la main, le mégaphone, la manif, etc. ? Pourquoi ne savons-nous pas inventer autre chose que ce que les médias attendent que nous leur produisions ? Pourquoi nous contentons-nous, presque rituellement, des formes anciennes de mobilisation ou actions auxquelles les médias sont maintenant habitués au point de les attendre, voire de les fabriquer ? Pourquoi ne savons-nous échapper au piège de l’image ou de la fameuse focalisation journalistique (le détail qui révèle en même temps qu’il réduit) ? Comment médiatiser des combats sans tomber dans les réductions (personnalisation, image-choc, etc.) sans lesquelles les médias ne sauraient plus communiquer, ou prétendent ne plus savoir communiquer ?
Je sais que des Bourdieu et d’autres ont analysé cette perversion, sans que les collectifs et syndicats aient encore trouvé de réponse.
Puisque te voilà condamné à lire, penser et vivre, pour l’essentiel assis dans ta cellule, pourrais-tu tenter d’en profiter pour me/nous aider à sortir de ce dilemme : comment ensemble mobiliser, informer, mener un combat politique minoritaire sans donner prise aux « forces de l’ordre », juges, et autres pouvoirs ? Sans, surtout leur faire peur, parce que qui a peur ne réfléchit plus…
[Je sais bien qu’il est possible, et tu le sais mieux que moi, de prendre ces pouvoirs à leur propre piège, de les ridiculiser, et donc d’autant mieux médiatiser et populariser un combat, ce que tu as bien réussi en te faisant enlever par hélicoptère après effraction de ton domicile, toutes choses que tu auras néanmoins forcément autant subies qu’éventuellement envisagées. Même si piégeant/ridiculisant ainsi le pouvoir, on ne le rend que plus réactif/agressif aussi]
Ce que je t’écris là s’inscrit dans ce qui se passe en France (mais aussi ailleurs) depuis quelques années, et surtout depuis un peu plus d’un an (en France, depuis le 21 avril 2002). Le sentiment (de plus en plus exprimé) de plus en plus de gens qu’il y a trop de choses qui « ne vont plus ». Et qu’il faut que cela se sache et change. [Même si je sais que ton/notre combat a commencé bien avant].
Mais ce qui a changé, ce qui a changé en moi, dans ma réflexion de citoyen et de militant anonyme, c’est que nous ne pouvons plus nous contenter, à quelques-uns (évidemment les plus « conscientisés » dirons-nous) de mener des combats de dénonciation des « méchants autres » (pouvoirs, institutions, multinationales, etc.). Nous ne pouvons plus nous satisfaire au nom de ce que nous savons (et que les autres ne sauraient pas) d’agir, d’aller de l’avant, de démonter ceci, faucher cela, de braver telles lois, sans d’abord avoir tout fait pour informer et populariser/démocratiser (et donc ouvrir au débat démocratique) nos propositions.
Il me semble qu’un autre recours/efficacité pourrait être l’action/information dans le cadre de la loi républicaine telle qu’elle est (fût-elle souvent républi-vaine).
Nous n’avons sans doute pas exploré toutes les possibilités d’actions légales possibles. Nous devrions pouvoir imaginer, plus que nous ne l’avons fait jusqu’à présent, d’autres actions collectives, symboliques, efficaces, et démocratiques/légales.
Les belles (et historiques) images de manifestants, drapeau au vent, bravant la loi légale (et la prison et, ailleurs ou en d’autres temps, la mort) doivent-elles être notre seul imaginaire de citoyens ou de militants ? Notre combat ne peut-il devenir plus politique, plus intellectuel, plus majoritaire ? Faut-il que nous cédions toujours à cet éternel sentiment d’urgence (ou de « y en a marre ») qui nous fait agir ou nous agiter, convaincus mais minoritaires (même nombreux), sans toujours consulter d’abord autour de nous afin de populariser notre savoir et notre combat et de le promouvoir par d’autres moyens ou symboles que ceux qu’exige l’urgence (et dont raffolent les médias) ?
Entre l’icône (que je vois à la télé, autant fabriquée par la télé que se fabriquant pour la télé) et l’homme (que je sais/sens en prison), je veux imaginer une autre dimension, un autre (futur) humain de José qui demain participera à (sans les « mener » conformément aux demandes/clichés des uns ou des autres), reprendra les mêmes ou d’autres combats, non pas en notre nom, mais avec nous, avec eux (qui n’en sont pas encore mais pourraient en être), dans le respect d’une légalité qui n’empêche ni la mobilisation ni le « combat » (même si je préfère « débat » ou information).
Il se trouve, José, que ta situation n’est pas définitive (car en d’autres temps ou pays ta fougue médiatisée t’aurait, hélas, été mortelle). Tu survivras à cette condamnation/emprisonnement.
Il y aura un « après » cette cellule où tu es actuellement condamné (en notre nom, même si je ne connais pas tous les vastes contours de ce « notre »). Tu pourrais, mieux que d’autres (vu ton engagement et ton expérience), nuancer/modifier nos manières/habitudes/traditions d’agir, de combattre, etc. Tu pourrais, avec plus de crédibilité que d’autres, dire « Stop, les gars, il y a manière et manière de faire, agir, informer, mobiliser« . Nous avons d’autres possibilités que les images (de personnalités, stars, icônes, etc.) livrées aux télés pour qu’elles en fassent leur gras. Il y a d’autres possibilités d’informer, toucher, mobiliser les gens que les « actions » d’autant plus médiatisables qu’elles sont « personnalisées » ou illégales (au regard de nos lois).
Nous avons, citoyens d’un pays (tant soit peu mais non des moindres) démocratique, d’autre moyens d’agir pour que les choses changent. Nous avons le droit de nous organiser en partis politiques pour proposer d’autres choix que ceux qu’on nous impose, nous avons le droit de participer à des élections, à des campagnes électorales (même si cela nous est moins aisé, financièrement, qu’à certains autres), nous avons le droit de nous unir entre différents partis sur un/des programmes politiques réellement alternatifs et, une fois élus, de les mettre en œuvre conformément à nos engagements clairement définis.
Si nous renonçons à cette perspective, nous nous condamnons à des actions marginales (fussent-elles d’éclat voire momentanément populaires) et non démocratiques (même si nous avions raison de les mener). Nous désespérerions de faire de notre combat une mobilisation majoritaire, parce que, nous diraient certains, nous aspirerions avant tout à exister, briller, être à la pointe, etc. [ce que certains ont bien su te reprocher].
Face à une droite (française et européenne) qui se durcit (car elle sait pouvoir compter sur les divisions de la gauche déchirée entre ses gauches), nous faisons, par nos divisions, courir les plus grands risques non seulement à la démocratie (celle qui s’exprime, faute de mieux, dans des urnes) mais à l’humanité tout entière (puisque nous avons en Europe, historiquement, quelques responsabilités planétaires).
Si nous ne proposons pas des alternatives électorales crédibles (c’est-à-dire de partis affirmant leur ambition à gouverner), nous nous condamnons (et condamnons autrui) à des actions minoritaires, si médiatisées ou populaires soient-elles, à d’autres emprisonnements, à d’autres cassages de syndicalistes. Après quoi nous pourrons toujours pleurer sur les injustices subies, manifester, crier, faire du bruit, etc.
Les choses étant ce qu’elles sont, nous ne pouvons plus espérer (ou redouter) quelque révolution menée par quelque parti d’avant-garde (dont nous avons connu les redoutables échecs historiques et les divisions contemporaines). Nous ne pouvons gagner que sur le terrain où nous sommes, celui du peuple, celui du peuple qu’on se prend le temps d’informer, celui de la majorité de nos concitoyens (et non de la foule militante ou « émue », si sympathique ou provisoirement médiatisée soit-elle).
Je ne sais pas très bien, José, où je vais, ni où je/nous pourrions ainsi en venir. Je trouve juste profondément injuste que tu en sois où tu en es (et nous avec toi).
Mais je sais aussi que d’autres, beaucoup d’autres trouvent normal que tu en sois là, puisque tu auras bravé la loi (même si, naguère, d’autres purent dévaster le bureau d’un ministre de l’environnement sans être autrement inquiétés) et été puni conformément à elle. Je pense que, malgré toutes les imperfections de notre légalité républicaine, c’est dans ce champ-là seulement que nous pouvons travailler et mobiliser. Nous n’avons pas, face à nous des fascistes mais seulement des humains mal instruits ou désinformés (ou autrement informés que nous), nous avons donc la possibilité de débattre (plutôt que seulement nous battre) et d’informer avec des mots, des phrases, des actes (légaux), des symboles. Nous ne sommes pas condamnés à l’illégalité (dont on voit parfois les débuts glorieux mais pas toujours les dérives abominables), même si, à juste titre, nous avons parfois le sentiment que la justice n’est pas (aussi) juste (que nous le souhaiterions).
Menant, même légitimement, un combat illégal nous nous condamnerions à être des Antigone (celle qui, un peu à ton image, fut emmurée vivante pour avoir bravé la loi de son oncle Créon, qui estimait lui ne jamais que sauver la cité, comme sans doute bien de nos députés de droite ou concitoyens qui les ont, en désespoir de cause ou par conviction, élus).
Ne devons-nous pas renoncer au romantisme de l’insurrection, qui (le plus souvent) n’arrange jamais que les tyrans (qui savent faire peur au peuple moyennant un peu de foule manipulée ou d’images focalisées) ? Renoncer à José des Causses pour retrouver un José citoyen lambda agissant au sein d’organisations politiques oeuvrant au sein de l’espace démocratique ?
Je sais que cela est difficile, et qu’on peut (parfois) désespérer de pouvoir changer le monde en se mobilisant au sein de partis politiques (je viens de démissionner des Verts dont je désespère). Mais je suis convaincu que c’est la seule alternative (parce que démocratique, même si la démocratie n’est encore, sur bien des points, qu’une utopie… et donc un combat). Cela suppose que nous ne nous permettions plus de dire des autres qu’ils « n’ont rien compris » mais que nous nous obstinions, avec le temps, la patience et la nécessaire fourniture d’information, à leur faire comprendre ce que nous estimerions avoir, nous, mieux compris. Et aussi acceptions de ne peut-être pas avoir (tout à fait) raison ; acceptions que ce que nous estimons vrai peut-être nuancé ou ne devient vrai que si nous parvenons à le partager. [Et qu’est-ce qu’une Vérité que nous n’arriverions pas à faire partager, sinon une opinion, peut-être fausse ?]
Bon, j’arrête avec ce qui pourrait te sembler un galimatias. Et peut-être verras-tu plus clair que moi-même dans ce que je t’écris. J’espère que le plus tôt possible justice te soit rendue.
Mais ma pensée est suffisamment confuse (ou intuitive) pour sentir (au moins mentalement) à tes côtés combien nous sommes tous pris dans un vaste mouvement, à la confluence de tant de vérités et d’erreurs collectives, de manipulations odieuses ou lamentables, de sommes colossales en jeu (OMC, OGM, FMI, etc.), de fossilisations intellectuelles graves (notamment celles qui nous font encore nous appuyer parfois sur tel PIB complètement absurde), etc.
Je pense à ta femme (que j’ai vue aussi à la télé l’autre jour, sans en voir rien d’autre qu’une image, et dont je ne sais rien, sinon qu’elle est actuellement séparée de toi, et toi d’elle, et que ce n’est pas juste).
Je pense à ces députés qui nous déclarent qu’ils vont venir te rendre visite, alors que du temps qu’ils étaient au pouvoir (c’est pas rien quand même !) ils auront peu bougé pour modifier telle loi sur les OGM ou telle plantation OGM, et qu’ils t’auront laissé, toi et quelques autres, la faux ou la masse à la main ( à défaut de faucille et de marteau 🙂 t’aventurer, t’exposer, te sur-exposer, te brûler, et donc te faire conduire à l’ombre.
Ils te diront (non, ils ne te le diront pas !) que tu aurais pu être plus prudent, plus politique/ticien, etc.
Mais tu as été toi. Tu as fait ce que tu croyais devoir faire, en étant ce que tu crois/croyais être, toi.
Maintenant, je suis assis à tes côtés, dans ta cellule du bloc A [bloc ! quel affreux mot et quelle affreuse réalité], je fume ma cigarette (saloperie de cow-boy américain !), devant le petit tabernacle de l’écran de mon ordinateur, assis, seul aussi, dans ma pièce.
Je pense aux horizons de Maguelone, aux ermites qui s’aventurèrent/s’abritèrent et moururent dans ces marécages. Eux aussi avaient leur foi (dont nous pouvons penser maintenant l’immense mystification).
Je te vois revenu parmi nous, échappé/échappant aux caméras, reprenant le combat avec nous, avec tes proches et surtout tes lointains et néanmoins concitoyens (dont je suis), reprenant ta vie, qui ne se réduit pas à ton/notre combat. Je te revois dans le causse, humant les horizons en même temps que ta pipe. Je te vois sans ta pipe, sans ta moustache, je te sens, te vois, humain parmi les humains, déambulant sur la croûte de notre solitaire planète, si fragile, si belle, si menacée.
Je te salue, José.
Je vous salue, Monsieur Bové.
Je te salue, frère humain.