Une tribune, mon tribut

Je souhaite mettre en partage ma lecture critique d’une tribune parue sur le site Figaro vox, signée, entre autres, par certaines personnes pour lesquelles j’ai (avais ?) suffisamment d’estime pour avoir pris le temps de la lire attentivement, avant de la relire pour en pointer faiblesses ou manipulations.

https://www.lefigaro.fr/vox/monde/ceux-qui-menacent-israel-nous-menacent-aussi-20210518

Dommage que cette tribune ne précise pas les circonstances au vu desquelles le Hamas aura justifié cette nouvelle attaque, qui indépendamment du nombre de roquettes tirées, n’est pas sans précédent. Pluie de roquettes qui n’est pas destinée à « détruire l’Etat hébreu », même si elle constitue sans doute un crime de guerre (puisque tirant au hasard vers des populations civiles).

On a le droit de prendre position en faveur du peuple palestinien dont le territoire internationalement reconnu par les résolutions de l’ONU en 1948-49 a ensuite été occupé après la guerre de 1967 et, depuis, mité par diverses colonies israéliennes.

Que les Palestiniens n’aient pas reconnu la légitimité internationale de l’Etat d’Israël proclamée en 1948 ne permet pas légalement à Israël de conquérir ensuite, par la force armée, des terres qui ne lui ont pas été accordées par la reconnaissance internationale.

Depuis 1967, Israël s’est ainsi mis en porte-à-faux par rapport aux déclarations internationales le reconnaissant dans ses frontières de 1949. Et quoi qu’il faille et qu’on doive lui reconnaître la même légitimité qu’à d’autres Etats créés eux aussi à l’issue de guerres ou de décolonisations au cours du XXe siècle, on peut le traiter, pour les terres occupées depuis 1967, de pays colonisateur.

En semant une fois de plus et de façon disproportionnée tant de morts et de victimes en territoire palestinien, Israël ne fait qu’alimenter la haine que lui portent beaucoup de populations ou de mouvements politiques s’identifiant à ces victimes. Face à ces attaques, Israël aurait pu tenter, au moins durant un certain temps, des alternatives moins agressives (moins meurtrières de population civile) et plus défensives, par exemple en ayant davantage recours à son système de “dôme de fer” anti-missiles. Devenu ainsi un Etat dont la population civile était la victime d’attaques “terroristes”, Israël aurait pu gagner en sa faveur l’opinion publique internationale (faisant ainsi perdre à Gaza ce statut de victime qui entraîne en sa faveur tant de manifestations de soutien).

Le Hamas n’est qu’un des malheurs qui frappe le peuple palestinien. Il est incontestable que l’occupation de territoires palestiniens après la guerre de 1967, puis l’installation de nombreux foyers de colonisation sur ces terres n’est pas négligeable dans le malheur du peuple palestinien.

Les Européens n’ont pas eu à attendre que se tende une énième fois la situation en Palestine pour avoir été victimes de l’idéologie islamiste. On ne peut pas demander aux Européens de devoir se faire les complices de diverses formes de néo-colonisation d’Israël pour avoir le droit de lutter de façon déterminée contre l’islamisme. Confondre la lutte contre l’islamisme qui nous frappe sur notre sol et le soutien à la politique expansionniste néosioniste d’Israël serait au contraire une manière d’affaiblir la légitimité de notre lutte contre l’islamisme.

Si, « pour exister et persévérer dans son être », Israël doit imposer divers blocus à des populations civiles (à Gaza) et rendre difficile sinon impossible la vie quotidienne de populations vivant sur des territoires indûment occupés (ceux conquis après 1967), cela ne pourra se faire qu’au risque de grandes souffrances voire de menaces existentielles (on ne sait jamais de quelles armes abominables pourraient se doter des ennemis irréductibles qu’on aurait réduits au plus total désespoir)

Affronter un ennemi, y accumuler les victimes parmi les populations civiles, sans pouvoir l’abattre définitivement, ou en s’interdisant de le faire pour des raisons politiques, militaires, humanitaires ou diplomatiques, tout en ne se donnant aucune perspective de paix négociable n’est qu’une manière d’aggraver la situation en multipliant les facteurs de haines et de violences.

Le peuple israélien occupant les terres qui lui ont été internationalement reconnues depuis 1948-49 (par des résolutions devant permettre la création de deux Etats voisins, l’un israélien, l’autre palestinien) ne doit pas être confondu avec les colons, militants ou milices diverses qui pour des raisons économiques, politiques ou religieuses (fanatisme eschatologique) profitent du rapport militaire de forces en leur faveur pour occuper des terres conquises par la force et qu’ils n’ont aucune légalité internationale à occuper.

PS 1 : article 17 de la Charte de l’OLP (1964) considérant comme nulles et non avenues les déclarations de l’ONU reconnaissant l’existence de l’Etat d’Israël dans les frontières prévoyant le partage de la Palestine en deux Etats, l’un juif, l’autre palestinien :  » Le partage de la Palestine en 1947 et la création d’Israël sont des décisions illégales et artificielles quel que soit le temps écoulé, parce qu’elles ont été contraires à la volonté du peuple de Palestine et à son droit naturel sur sa patrie. Elles ont été prises en violation des principes fondamentaux contenus dans la charte des Nations unies parmi lesquels figure au premier rang le droit à l’autodétermination. »

PS 2 :  Le Hamas est sur la liste officielle des organisations terroristes de l’Union européenne, du Canada et des États-Unis. Il est classé « terroriste » par Israël, l’Egypte et le Japon, et est banni en Jordanie. Pour la Grande-Bretagne et l’Australie, seule la branche armée du Hamas est classée comme terroriste. Le 29 janvier 2015, la justice égyptienne a classé la branche militaire du Hamas comme organisation terroriste, l’accusant de soutenir l’insurrection djihadiste dans le Sinaï.  [Wikipédia]