Un grand merci pour la publication de cette intéressante analyse des possibles doubles sources de l’antisémitisme (notamment chrétien et musulman), où l’on nous rappelle que les juifs pouvaient à la fois être jalousés comme des aînés et des modèles et rejetés comme des rivaux obstinés à refuser l’évolution ou la révélation messianique ou prophétique que d’autres avaient su accueillir.
Si j’osais, je suggérerais trois points supplémentaires dont la convergence aura pu pousser à certains délires complotistes propres à l’antijudaïsme ou à l’antisémitisme du monde chrétien antique et médiéval :
1 L’interdiction du prosélytisme (à la différence du christianisme et plus tard de l’islam)
2 Le principe de matrilinéarité selon lequel n’est “vraiment juif” que qui est né d’une mère juive
3 La pratique de la circoncision, ce marquage physique d’assignation communautaire, assimilable pour les chrétiens à une mutilation.
Or, les premiers chrétiens furent des juifs dissidents, assez humanistes et universalistes pour estimer que tout homme (et femme, voir la place accordée aux femmes dans les évangiles) pouvait être sauvé par le sacrifice de Jésus, que tous les hommes pouvaient être les élus de Dieu, et que nulle matrilinéarité ni marquage physique n’était nécessaire pour faire partie du peuple de Dieu : une immersion symbolique (le baptême) permettait cette immersion dans la communauté universelle ouverte à tous, quelle que soit l’origine, la naissance, la famille, le pays ou la religion précédente..
Cette révolution proprement humaniste, cette Bonne nouvelle d’un salut éternel offert à tous par le sacrifice de l’un d’entre eux, à la fois homme comme les autres et fils de Dieu envoyé comme Messie pour le salut de tous, cette Bonne nouvelle annoncée à tous les hommes, les juifs la refusèrent et restèrent fidèles à leur foi et à l’attente de leur Messie.
A mesure que la secte chrétienne devint une religion de plus en plus répandue au fil de siècles et sut s’imposer comme religion officielle et impériale (christianisme nicéen) sous l’empereur romain Théodose, il était fatal que les interactions sociales avec le judaïsme fussent réduites voire interdites.
Ainsi, s’instaura peu à peu un séparatisme communautaire. Et, les juifs s’interdisant tout prosélytisme, on put estimer qu’ils étaient assez hautains pour ne se reproduire jalousement qu’entre eux. En outre, se cantonnant dans leurs synagogues pour leur mystérieuses pratiques religieuses, dont la circoncision, les juifs ne pouvaient-ils être soupçonnés de pratiquer des mutilations rituelles d’enfants et s’étonnera-t-on que des rumeurs malveillantes pussent à l’occasion parler de sacrifices d’enfants arrachés à d’autres communautés ?
N’est-ce pas ce séparatisme par lequel on pouvait se signaler autant qu’y être renvoyé qui aura pu entrainer à la fois les jalousies à l’encontre d’un peuple se prétendant élu par le Dieu unique (et donc théoriquement commun) et le mépris à l’égard d’aveugles, incapables de lire correctement leur propre Saint Livre (cf. Thèse de St Augustin et la Synagogue aux yeux voilés de nos cathédrales gothiques) ?